26.03.2007

L’identité française au travail

Le débat politique actuel sur l’identité française titille beaucoup de gens en ce moment :

« Vous qui avez des points de comparaison, qu’est-ce qui caractérise le Français au travail ? » m’a t-on lancé la semaine dernière alors que j’animais une formation.

Vaste sujet.

Sur le vif, j’ai pu me référer à mon expérience aux Etats-Unis. Ce qui m’avait le plus frappé, c’est le rapport que les Américains (Côte Est) entretenaient avec les règles. Alors que pour nous, Français, la règle est pour la plupart des gens un point de repère avec lequel il est possible de jouer ; pour un Américain, elle est une réalité qui s’impose à chacun…STRICTEMENT.

L’autre aspect, également hérité d'une comparaison avec les Etats-Unis, c’est le rapport qu’un Français entretient avec le management par les valeurs. A la différence de l’Américain, le Français a une tolérance très faible à toute démarche qui viserait à lui inculquer des valeurs. Il veut bien être éclairé mais surtout pas évangélisé. Il revendique la possibilité de se forger lui-même son point de vue. Notre héritage laïque des Lumières sans doute ?

De retour à mon bureau, je suis allé fouiner dans un ouvrage de Michel Crozier, le plus petit, mais peut-être le meilleur, « L’entreprise à l’écoute » dans lequel il aborde cette question de l’identité française.

Qu’est- ce qu’on peut y lire ?

« La société française a considérablement investi dans les modèles et les mythes bureaucratiques. Elle ne peut concevoir facilement d’organisation qui ne soit structurée, hiérarchisée, contraignante ».

Pourquoi ? Serait-ce pour rivaliser avec le talent organisateur de sa consoeur allemande ? Serait-ce pour donner corps à « la passion française de l’égalité » chère à Tocqueville ? La bureaucratie étant la meilleure garante de l’égalitarisme formel… Crozier ne prend pas part à ce débat, il s'intéresse surtout aux implications du modèle bureaucratique dominant.

« Les Français ont accepté bon an mal an d’être régentés par des règlements mais ils ne s’y sont pas conformés ». « On édicte toujours plus de règles pour gérer tous les cas de dérogation à la règle. A peine une règle a t-elle été édictée, que le génie français se met en mouvement pour inventer des moyens de contournement ».

« Les Français sont-ils donc indisciplinés ? » interroge t-il. « Non. C’est l’hétéronomie qui ne fonctionne pas mais l’autonomie des français, entendue comme la capacité à suivre un comportement dicté par des règles morales, est grande ».

Je souscris pleinement à cette vision du Français. Si l’on veut obtenir beaucoup d’engagement d’un Français, il faut lui faire confiance, lui laisser beaucoup d'autonomie et il s’en révèlera généralement digne.

Faut-il aller chercher Toyota pour le comprendre ? Ecoutons ce que dit Shiori Naka, coordinatrice Ressources Humaines à l’usine d’Onnaing près de Valenciennes dans un article publié dans le journal Le Monde du 1er février 2001.

« Nous avons été surpris par l'esprit d'autonomie des gens du cru…. Chez nous, être autonome a un sens péjoratif. Le travail en équipe et le partage des informations passent avant tout. … Le kaisen ou amélioration en continu marche même mieux en France qu'au Japon... Le Français, très spontané, qui s'exprime facilement , s'y plie plus volontiers que le Japonais, enclin à résister et à se taire quand il rencontre une difficulté ».