19.04.2009
Les limites des méthodes de management occidentales au Japon
Dans Tokyo Sonata, Kiyoshi Kurosawa nous montre à un moment le personnage central du film face à un recruteur qui lui demande quels sont ses talents. Le pauvre homme reste médusé par cette question saugrenue, directement sortie d'un livre de management à l'occidental.
Cette scène fait écho à l'article de Anne Garrigue-testard et Sylvie Chevallier dans le Japon contemporain (p 477). Il n'est pas question ici du management des talents mais de management par objectif et d'évaluation et, là encore, on sent la société japonaise jouer dans un registre culturel qui n'est pas le sien.
"La quête de soi" et l'individualisation ont aussi pénétré le monde de l'entreprise. Dans le cadre des restructurations imposées par la crise, les grandes entreprises se sont mises à rémunérer la performance individuelle. Les cadres ont dû apprendre à s'autoévaluer, alors que les Japonais répugnent traditionnellement à vanter leurs qualités; les chefs ont dû juger leurs collaborateurs selon les critères rigoureux du management par objectifs, alors que les jugements trop tranchés n'étaient pas de mise au sein des groupes. La mise en place progressive de l'avancement au mérite a créé des situations jadis impensables, où des femmes peuvent donner des ordres à des hommes plus âgés qu'elles. Mais au milieu des années 2000, comme dans la famille ou le système scolaire, les évolutions restaient incomplètes : très souvent, l'évaluation gardait un caractère à la fois collectif et individuel, coinçant les salariés entre les injonctions de leur chef, qui restait tout-puissant dans le cadre de la hiérarchie verticale du groupe et l'obligation de se définir seuls des objectifs de performance, ce qui n'allait pas sans les insécuriser. Là encore, la diversification a fait son oeuvre, et le milieu jadis homogène des salariés s'est clivé entre ceux que les changements déstabilisaient et ceux pour lesquels ils n'étaient pas assez rapides, et qui n'hésitaient plus à chercher des opportunités de carrière accélérée, notamment dans les entreprises étrangères, de plus en plus nombreuses à s'installer dans l'archipel.
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18.04.2009
Tokyo sonata
Un très beau film à voir en ce moment dans les salles. Tokyo sonata, c'est un morceau d'histoire du Japon contemporain, un drame familial qui met en scène un cadre administratif brutalement licencié pour cause de délocalisation en Chine. Pour ne pas perdre la face, il cache sa situation à sa famille (tout au long du film l'incommunicabilité entre les individus au travail ou dans la famille est sidérante), part le matin en costume cravate et revient très tard le soir après avoir subi l'affront du déclassement dans les agences pour l'emploi et s'être nourri le midi à la soupe populaire. Il finira par accepter un boulot d'agent de nettoyage dans une galerie marchande; la dégringolade est brutale... A travers cette histoire, Kiyoshi Kurosawa nous montre aussi et peut-être surtout la décomposition de la famille japonaise, l'autorité traditionnelle du père contestée par ses enfants qui voient leur avenir ailleurs que dans la grande entreprise (dans la musique pour l'un, dans l'armée américaine pour l'autre) et l'émancipation difficile de la femme, mère au foyer exclusivement dévouée à son mari et à ses enfants. Au début du film, elle montre toute fière à son fils aîné le permis de conduire qu'elle vient de décrocher... Il lui rétorque que pour servir de pièce d'identité, c'est quand même cher puisqu'elle ne conduira jamais. Il faudra un étrange concours de circonstances (il faudra aller voir le film pour le savoir) pour qu'on la voit finalement au volant d'une improbable Peugeot 207 décapotable...
20:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : japon, culture japonaise, tokyo sonata

